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une actualité des arts visuels en Languedoc-Roussillon
Sylvie Groueff vendredi 5 septembre 2008 à 14:55
L’inopportunisme…

…au croisement des pratiques architecturales, urbaines et artistiques.

mots-clés
+ Kengo Kuma + Jean-Bernard Métais + Marie-Ange Brayer + Patrick Mimran + Sylvie Groueff + Paul Ardenne

(photo: Billboard de Patrick Mimran, « I’m the Best in the West », était planté en Avril 2007 à Tokyo dans le quartier d’Omotessando au Japon au sommet d’un immeuble, parmi des publicités.)

Depuis l’année 2006, se déroulent, à Lézigno au milieu du vignoble biterrois, des rencontres relatives à l’architecture, l’art, le design, l’urbanisme et des relations qui nourrissent chacune de ces disciplines. Voulues par l’entreprise Technilum, organisées par les éditions Ante Prima et animées par le critique d’art Paul Ardenne, elles sont devenues en trois ans l’un des trop rares rendez-vous régional où la ville, l’art et la société sont en débat.

Journée de colloque, exposition, visites régionales articulent la thématique retenue autour d’un public local et largement parisien. L’édition 2008 s’intitulait Inopportunismes. Mot absent du dictionnaire mais dans lequel peut s’entendre l’envie de « ruer gentiment » dans les brancards ; de s’extraire de la culture du consensus en faisant preuve, comme l’a souligné Paul Ardenne dans son introduction au colloque, de mauvais esprit ou d’impertinence. L’inoportunisme n’est pas un mouvement, ignore la violence, n’est pas spécialement révolutionnaire. Ceux qui s’y reconnaissent, identifient la norme pour mieux s’en dégager, l’élargir tout en la manipulant. Le concepteur répondra à une commande en créant un décalage et ce, pour mieux s’interroger sur nos représentations, nos inquiétudes, nos mentalités en déployant une attention aigue à l’existant, aux usages, aux pratiques urbaines. Leurs observations, leur point de vue sur le réel, et le regard narquois qu’ils y portent fondent leurs propositions en imaginant les évolutions possibles des espaces, de leurs fonctions et de leur appréhension par l’habitant. Si le résultat peut être ludique, il est toujours un engagement en prise avec la réalité sous toutes ses formes.

Marie-Ange Brayer, directrice du Fonds Régional d’Art Contemporain de la région Centre (FRAC), en se demandant si les représentants de l’architecture utopique des années 1960 et 1970 se caractérisaient par un éventuel inopportunisme a donné à ce « concept », un peu d’épaisseur historique. Citant Instant City, une ville instantanée et nomade dont l’existence ne repose que sur celle de ses habitants, elle rappelait que ses concepteurs, les Anglais du groupe Archigram dont faisait partie Peter Cook, étaient attentifs aux évolutions technologiques développées par l’aérospatiale et, de l’imaginaire développé dans la science-fiction ou la BD. Dans No Stop City, le projet italien du collectif Archizoom auquel appartenait Andrea Branzi, Marie-Ange Brayer y voit « l’idée inopportune d’une architecture qui disparaît ». La hiérarchie entre ville, architecture s’efface au profit d’une utopie qualitative, où l’influence des pratiques artistiques comme le Pop art ou l’Arte povera est notable.

Des artistes présents à Lézigno, on retiendra l’intervention à Valenciennes de Jean-Bernard Métais, consulté pour réoccuper l’emplacement de l’ancien beffroi édifié au XIVe siècle, effondré en 1843. Avec son imposante flèche d’acier de 2,40 m, sonorisée, l’artiste réactive la mémoire d’un « lieu de concorde où l’on échangeait et parlait librement des nouvelles du pays ».
Plus insolents sont les Billboards, « campagne d’affichage artistique de contenu critique » de Patrick Mimram. Sur des panneaux publicitaires loués, des banderoles, parfois fixées à l’arrière d’un avion, il fait état de ses réflexions sur l’art et ses pratiques, comme sur sa propre carrière, son état mental d’un moment en proclamant, « I’m the Best in the West » ! Comme en écho, l’ironie mordante et décalée des travaux de Julien Prévieux met en exergue la passivité dans laquelle vous projettent des situations courantes comme répondre à des offres d’emploi ou regarder un film. Ses Lettres de non-motivation commentent son absence d’intérêt pour des propositions d’emploi. Dans ses Post-post production, il s’empare, en la piratant de copies vidéo de films. Ainsi, grâce à l’outil informatique, il s’introduit dans le déroulement narratif d’un James Bond, le retouche, modifie le sens premier des scènes, se faisant spectateur/acteur.

L’inoportunisme d’un architecte construisant pour un client apparaîtra bien sage à côté de ces intrusions moqueuses de l’ordre établi. L’attitude générale du concepteur face à son domaine d’intervention et les principes qui en découlent, joue pourtant un rôle important. C’est ce que rappelait l’architecte japonais Kengo Kuma, récent lauréat de la consultation pour la construction du Frac PACA à Marseille. Il défend l’importance du choix du matériau pour définir une esthétique et une symbolique de l’architecture. Privilégiant l’usage de la terre, du bois ou du bambou, il dit concevoir une architecture dont « les structures sont en harmonie avec le corps humain ».

La quatrième édition des rencontres de Lézigno auront lieu en mai 2009 autour de l’évolution des technologies constructives, des matériaux et des supports de communication.

événement
vendredi 23 mai 2008 à 11:00
Centre d’Art du Domaine de Lézigno Béziers, Hérault

Ce colloque avait pour objet de confronter la réflexion d'architectes, d'artistes, de théoriciens, de représentants politiques sur la proposition "inopportuniste", inattendue, celle qui représente une diversité affichée.